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AFFAIRE GILBERT DIENDERE

PROCÈS DU PUTSCH DE SEPTEMBRE 2015 :
LE GÉNÉRAL ENFIN À LA BARRE POUR SON GRAND DÉBALLAGE

Ce lundi 26 novembre 2018, le général Gilbert Diendéré était à la barre du juge Seydou Ouédraogo pour son grand déballage dans le cadre du procès du coup d’Etat de septembre 2015. Et pour ce premier jour d’audition, c’est un véritable « one man show » que le général a servi au tribunal, tant il a été le seul à parler toute la journée.

Si pendant les évènements du 16 septembre 2015 et jours suivants, le présumé cerveau du putsch a affirmé avoir assumé une situation, à la barre ce lundi matin, le général a réaffirmé cette position tout en soulignant qu’il a porté cette croix avec l’aval et la bénédiction de la hiérarchie militaire qui lui avait promis son soutien.

Son speech de ce jour n’a pas concerné les évènements du 16 septembre 2015 et jours suivants, mais a situé le contexte et l’environnement qui ont suscité lesdits évènements. Et à ce sujet, le général incrimine le Premier ministre d’alors, le général Yacouba Isaac Zida, ancien chef de corps adjoint de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), qu’il accuse d’avoir travaillé à supprimer le RSP qu’il n’arrivait pas à manipuler à sa guise, et ce, par tous les moyens.

Attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires, incitation à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, trahison envers l’Etat en collusion avec des forces extérieures sont les cinq charges qui reposent sur le dos, du général Gilbert Diendéré, qui dans le cadre du procès sur le coup d’Etat de septembre 2015, porterait tous les péchés d’Israël à savoir : la « commanditation », la planification, l’exécution et la consommation du coup d’Etat. Mais celui-ci réfute toutes ces allégations. « Je n’ai ni commandité, ni planifié, ni exécuté un quelconque coup d’Etat. J’ai assumé une situation donnée le 17 septembre 2015 », a-t-il martelé.

Il a expliqué que lorsque avec la hiérarchie militaire ils furent mis devant le fait de l’arrestation du président de la Transition Michel Kafando, de son Premier ministre Yacouba Isaac Zida et de deux autres de ses ministres, une réunion d’urgence a été tenue et l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo et Monseigneur Paul Ouédraogo ont été les personnes choisies pour mener la médiation avec les éléments du RSP. Laquelle médiation s’est soldée par un échec. Selon ses dires, c’est en raison de l’intransigeance des éléments du RSP et de la vacance du pouvoir que cette réunion avec les sages a voulu que l’armée prenne les devants.

Toutefois, la hiérarchie militaire aurait décliné l’offre de prendre le pouvoir, car elle n’a pas été associée au début de l’action. Elle a voulu que le pouvoir reste aux mains de ceux qui avaient mené l’action, c’est-à-dire les sous-officiers et les hommes du rang. Face à cette situation, le général Diendéré dit avoir donc été obligé de se porter au-devant, même si à l’instar de la hiérarchie militaire, il n’avait été associé à l’action de l’arrestation des autorités de la Transition. Cela, dans le seul but, selon lui, de contenir la colère des hommes et d’éviter au Burkina Faso un bain de sang. Il dit avoir reçu dans cette décision la bénédiction de la hiérarchie militaire qui lui a promis de ce fait son soutien.

C’est ainsi qu’il dit avoir mis en place le Conseil national de la démocratie (CND) afin de conduire à des élections. « Hélas, le manque de compréhension a amené une partie de la population à s’opposer avec violence. En tenant compte de ces violences et des propositions de la médiation, j’ai donc décidé de remettre le pouvoir à la Transition pour éviter un bain de sang », a-t-il expliqué.

Quoi qu’il en soit, le général Diendéré pour le début de ce grand déballage a expliqué que cette situation d’arrestation des autorités de la Transition est née d’une série de frustrations et d’humiliations qu’auraient subies tant les militaires du RSP que l’armée en général par l’ancien Premier ministre Yacouba Isaac Zida qui selon lui, a travaillé à diviser l’armée, notamment le RSP pour mieux régner. « Les éléments du RSP n’ont pas avalé du tramadol, ni pris de l’alcool pour procéder à l’arrestation des autorités de la Transition.

C’est une situation qui a conduit à cela. Ce n’est pas pour justifier ce qu’on appelle coup d’Etat, mais pour faire comprendre la situation qui prévalait au sein de l’armée en son temps. Après s’être fait chef de l’Etat, puis Premier ministre après le coup d’Etat des 30 et 31 octobre 2014, Zida a essayé de plonger le pays. Il a voulu contrôler l’administration publique, les finances publiques et l’armée, notamment le RSP afin d’imposer son point de vue pour que les élections se tiennent selon son agenda caché, c’est-à-dire après le 11 octobre 2015 comme le prévoyait la charte de la Transition », a expliqué le général au tribunal.

Pour ce faire, il affirme que l’ancien Premier ministre Yacouba Isaac Zida aurait utilisé la puissance de l’argent public. Mais selon lui, c’est parce que cette volonté de diviser pour mieux régner passait mal au RSP qu’il a alors voulu sa dissolution pour arriver à ses fins. Selon le général, il a utilisé et financé des OSC pour mener une campagne de dénigrement du RSP dans les médias avec pour ultime but « amener le RSP à commettre la faute et c’est malheureusement ce qui est arrivé le 16 septembre », note-t-il.

Selon cet ancien chef d’état-major particulier de la Présidence du Faso, le Premier ministre Yacouba Isaac Zida a entrepris tout au long de la Transition de dissoudre le RSP qui mettait tout le temps du sable dans son couscous. Pour ce faire, il se serait attelé à des détournements de deniers publics afin de pouvoir avoir sous son contrôle certaines OSC et certains militaires. Ainsi, dans la suite de son récit sur le contexte qui a conduit au putsch manqué de septembre 2015, le général Diendéré révèle que les détournements étaient légion sous la transition. Il existait selon lui au niveau de la présidence trois comptes bancaires dont le montant total s’élevait à plus d’un milliard trois cents millions de francs CFA. Il y avait un compte pèlerinage et un compte de soutien à la communication.

Le Premier ministre Yacouba Isaac Zida a vidé ces trois comptes et a créé un autre compte à Coris Bank avec comme contre-signataires Théophile Nikiema et Marie Achille Tapsoba (DAF). Selon ses dires, Zida disposait entièrement de l’argent et en faisait ce qu’il voulait. « Zida avait 50 millions en poche qu’il a distribués à des responsables d’OSC au camp Guillaume… Zida a donné 25 millions à un soldat (sergent) qui était au niveau de la cuisine pour empoisonner ses camarades… on voulait me liquider car apparemment je gênais ceux qui étaient au pouvoir. Je les empêchais non de tourner mais de détourner en rond », a révélé le général.

L’accusé affirme que le président Michel Kafando, avant les évènements du 16 septembre et jours suivants, lui a fait appel pour comprendre la situation qui prévalait au camp Naaba Koom II. Pour ce faire, il a eu à lui faire certaines confidences. En effet, le Général Diendéré soutient que le président de la transition lui aurait confié que pour la sécurisation des élections de 2015, les hommes du colonel Zida placés au ministère de la Sécurité ont envoyé un devis de 17 milliards de francs CFA, alors qu’en temps normal cette opération ne coûte pas plus de 3 milliards de francs CFA. Egalement, il explique que la présidence du Faso avait en projet l’acquisition d’un avion dont le prix n’excédait pas 8 milliards de francs CFA. Mais contre toute attente, le Premier ministre Zida a amené un devis de 14 milliards de francs CFA.

Dans ses révélations du jour, le général Diendéré a affirmé que pour la répression des manifestants durant l’insurrection populaire d’octobre 2014, c’est le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, alors chef de corps adjoint du RSP qui dès le 29 octobre 2014, a mis en place sur le boulevard de l’insurrection populaire, un dispositif pour le maintien de l’ordre. « Le 30 octobre 2014, Zida a mis en place le dispositif sécuritaire sur le boulevard France-Afrique à l’insu du chef de corps, le colonel-major Boureima Kiéré dont il était l’adjoint. Ce qui n’était pas sa mission », a-t-il souligné. « Zida dans mon bureau avec le chef de corps, nous a proposé une descente musclée à l’état-major général des armées, car selon lui, le général Nabéré Traoré qui était le chef d’état-major général des armées avait fait des déclarations de coup d’Etat au président Blaise Compaoré et que lui n’était pas d’accord. Toute chose que j’ai refusée et j’ai proposé d’appeler le général Traoré pour mieux comprendre », a-t-il ajouté.

Dans son grand speech de ce jour, le général a ainsi présenté l’ancien Premier ministre Yacouba Isaac Zida comme celui qui a travaillé à créer une situation de crise et de blocage au RSP et au sein de l’armée. Selon lui, le problème de commandement que le Premier ministre a expressément créé au RSP, les frustrations et les humiliations cumulées opérées par ce dernier seraient les conséquences de l’arrestation des autorités de la Transition par certains éléments du RSP qui, selon lui, voulaient sauver le corps et empêcher sa dissolution programmée par Zida et ses acolytes. Il affirme que dès les premières heures de la Transition, il a voulu que les militaires ne s’en mêlent pas et que la Transition soit dans les mains du politique et non de l’armée.

Du haut de ses soixante ans, le général Diendéré a au cours de sa carrière de militaire été gratifié d’une dizaine de décorations dont la plus haute est celle de commandeur de l’ordre national. Il a été vingt-une années durant, le chef d’état-major de la Présidence du Faso sous le régime du président Blaise Compaoré. C’est sous la Transition qu’il a été déchargé de cette fonction par le président Michel Kafando. Son audition se poursuit demain mardi 27 novembre 2018 au tribunal militaire de Ouagadougou, avec cette fois, les détails du 16 septembre 2015 et jours suivants tels qu’il les a vécus et ressentis.

Source : www.kelgueka.wordpress.com